Une oasis acoustique

Chronique du nouvel album d’Oxmo Puccino, L’arme de paix

Un album exigeant, une écoute agréable. Comme souvent avec Oxmo Puccino, il n’y a pas de tromperie sur la marchandise. Le Black Desperado revient avec un disque très soigné, musical à souhait. Enfin un peu de finesse dans ce monde de brutes.

OxmoPuccino CoverEn 1997 il lâchait le mythique « Pucc fiction » en duo avec Booba. En 1998, accompagné de la scène marseillaise, il posait sur le tout aussi bon « 24 heures à vivre ». Onze ans plus tard, Oxmo Puccino est toujours présent et prend désormais son temps. Il trace sa route comme il l’entend, vagabonde entre plusieurs univers musicaux, prend son temps pour peaufiner ses textes. Un travail d’artisan qui force le respect et apporte de la fraîcheur au rap français. En 2006, il tentait l’aventure Lipopette Bar sur le label de jazz Bluenote, une collaboration qui lui permit d’enrichir la densité instrumentale de ses morceaux. Avec L’arme de paix, Oxmo Puccino continue ce travail d’expérimentation qui permet au rap français d’avancer pour découvrir de nouveaux horizons musicaux.

Le métronome marque le tempo et compte les secondes qui filent… « 365 jours » ouvre le bal et donne un bon aperçu de l’album. Oxmo Puccino « compose avec la lumière en tant qu’homme de l’ombre », commande un café et finit de poser « avant que le sucre ait fondu. » Les textes sont ciselés, les métaphores et jeux de mots s’enchainent sans lourdeur : Oxmo a décidé de rester classe tout au long du disque et développe l’idée que le rap aussi peut adoucir les mœurs. La musique devient alors un remède pour mettre des mots sur cette étrange sensation du temps qui passe.

Cette réflexion autour de la nostalgie continue avec « Tirer des traits », un titre plein d’énergie contenue, qui alterne phases posées et accélération des rythmiques. La musique suit le flow d’Oxmo au doigt et à la plume, permet de muscler un texte empreint de douce résignation. Retrouver ce flow lancinant ravira tous ceux qui ont restés traumatisés en 2001 à l’écoute du classique « J’ai mal au mic ».

L’arme de paix paix réconcilie rap et chanson française

Chemin faisant, au fil de morceaux, un constat s’impose : aidé par des compositions de musique acoustique, Oxmo Puccino travaille à la normalisation du rap au sein de la chanson française. Le sampler a été délaissé au profit de musiciens, qui apportent une densité musicale à l’album.

La ligne de basse apporte ainsi beaucoup sur le très groovy « Les unes, les autres », une réflexion sur la difficulté à se satisfaire d’une seule femme. Cette étroite collaboration entre le Black Mafioso et ses musiciens est aussi perceptible dans « L’un de nous deux », un titre qui conclut l’album avec une composition au piano, à la fois lourde et planante.

OxmolivePoint de vocodeur ni d’auto-tune, Oxmo Puccino navigue en pleine chanson française et pousse la logique jusqu’à inviter Olivia Ruiz sur le morceau « Sur la route d’Amsterdam ». Sur la papier, le choix peut paraître osé mais le résultat vaut le détour : les deux compères racontent le sourire aux lèvres leurs voyages de relaxation en Hollande, le tout sur une musique entêtante digne d’une fête foraine. Il s’agit sûrement du morceau le plus emblématique de cet album, qui tend la main à la chanson française. Oxmo Puccino y fait un clin d’œil à Aznavour et reprend son fameux « il me semble que la misère serait moins pénible au soleil ». Les aficionados du rap de rue risquent d’être déstabilisés à l’écoute de L’arme de paix, certains n’y trouveront pas leur bonheur, mais ce peut être l’occasion de s’aérer les oreilles et de découvrir de nouveaux horizons. Cette fraicheur et cette originalité ne peuvent de toute façon qu’enrichir le rap français.

« Altérer le réel, réitérer les voyelles »

Oxmo Puccino a donc musicalement évolué, mais sa plume reste la même. Le MC n’a pas acquis une réputation de lyriciste pour rien et conserve un style très écrit, minutieux et mélancolique. A l’écoute du disque, on songe aux classiques « Mourir 1000 fois », « L’enfant seul » ou encore « Mama lova ». Des morceaux de douce tristesse, des thèmes universels et une démonstration des possibilités offertes par la langue française. De ce point de vue, notre Black Cyrano de Bergerac continue d’affiner son écriture. Certes, c’est la vocation de tout rappeur, mais Oxmo ne fait pas semblant. Il ne s’agit pas d’une simple déclaration de principe, c’est un travail des mots qui nécessite une écoute attentive.

Il est donc conseillé de se caler confortablement au fond de son canapé pour écouter Oxmo « altérer le réel, réitérer les voyelles », comme il le fait sur le morceau « Masterciel ». « Ce qu’on trouve içi, c’est groovissime » ajoute-t-il sur le même titre, qui se termine par des envolées funky à souhait. D’autres morceaux sont plus intimes, comme « J’te connaissais pas » ou « Soleil du nord », qui traite de son enfance sous les nuages du 19e arrondissement parisien.

L’arme de paix offre donc des textes denses, une expérience musicale rafraîchissante et, au final, l’un des grands albums de l’année. Certains pourront regretter de ne pas croiser un rappeur ou deux invités dans l’univers d’Oxmo, mais c’est un choix assumé qui rend ce disque si pittoresque dans le paysage du rap français. Oxmo Puccino réussit donc à se renouveler, et c’est une bonne nouvelle pour une scène rap qui peut avoir tendance à se répéter.

Chronique paru sur le site Rap2france à l’occasion de la sortie de l’album.
Voir aussi l’interview vidéo d’Oxmo Puccino.

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Classé dans Rap Français

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