Pour la presse généraliste, le rap est « codé, crypté »

Les entretiens avec Olivier Cachin (2e volet)

Dans le cadre d’une étude sur l’évolution de la presse écrite musicale spécialisée dans le rap, Olivier Cachin livre son analyse sur un secteur en pleine mutation. Deuxième volet de ces entretiens, consacré au traitement du rap par les médias généralistes.

Alors que la musique électronique, apparue à la même époque que le Hip-hop, semble être devenue une culture respectable qui intéresse les grands titres de la presse généraliste, ces mêmes journaux et magazines proposent peu d’articles sur le Hip-hop. Lorsque c’est le cas, la presse sombre souvent dans les stéréotypes, comme l’a montré la récente la polémique autour du rappeur Orelsan, accusé d’encourager la misogynie. Comment expliquer que les grandes publications françaises n’arrivent toujours pas à comprendre le rap ?

Les leçons du professeur Cachin, deuxième épisode

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Visiblement, entre le rap et la presse généraliste, l’incompréhension domine. Olivier Cachin pointe une musique qui s’est en partie refermée sur elle-même, devenu compréhensible pour les seuls initiés. Le rap tend à ne plus s’adresser qu’aux fans de cette musique et ne fait plus l’effort de s’adresser au plus grand nombre. Il devient alors difficile pour un magazine de faire rentrer son lecteur dans cet univers codifié, qui a développé son propre langage mais n’est plus compris de tous. La presse généraliste préfère alors observer la culture Hip-hop sous un angle sociétal, multipliant les reportages sur le rôle social du rap, sur les icônes des banlieues ou encore sur la banalisation d’un discours proche de l’incitation à la délinquance.

Alpha 5.20, l'un des leaders du rap indépendant
Alpha 5.20, l’un des leaders du rap indépendant

Lors d’une interview, le rappeur Youssoupha reconnait que la musique rap s’est « ghettoïsée », si bien que même les curieux de la musique ont du mal à s’y aventurer, à l’image de l’hebdomadaire Les Inrockuptibles. La presse musicale continue de s’intéresser au rap français, mais elle privilégie surtout une facette de cette culture.

Tandis qu’ Abd El Malik, Oxmo Puccino, Hocus Pocus ou encore TTC ont ainsi vu leur travail reconnu à juste titre, une majorité des artistes que les fans de rap écoutent quotidiennement n’ont pas voix au chapitre. Ces artistes, Olivier Cachin donne l’exemple de LIM, restent peu connu en dehors du milieu rap. Il en va de même pour les rappeurs Rim’K ou Alpha 5.20, très écoutés dans la rue mais peu évoqués par les médias ayant une large audience. Face à ce repli sur soi d’une bonne partie de la culture rap, la disparition des magazines spécialisés est de mauvaise augure, puisqu’ils faisaient office d’interprète et de relais, à mi-chemin entre le milieu rap et la presse généraliste.

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