La presse américaine n’a plus la Vibe

Presse US

The SourceVibe, XXL. Le triumvirat de la presse Hip-hop aux Etats-Unis. Des magazines lus par tout le milieu, capable d’organiser d’immenses soirées de remises de prix. Le succès à l’américaine, avec un tirage qui dépasse les 1,5 millions d’exemplaires pour ces trois seuls magazines.

Le pionnier du genre, The Source, n’était en 1988 qu’une simple newsletter réalisé par deux étudiants d’Harvard, avant de devenir une entreprise de soixante employés, réalisant un chiffre d’affaire de 8,7 millions de dollars en 2008. En apparence, l’histoire est belle. Sauf qu’à l’aube de ses vingt ans, The Source avait accumulé plus de 30 millions de dollars de dette, obligé de se déclarer en banqueroute avant d’être racheté en 2007. Depuis, la série noire continue, comme le montrent les récents déboires du magazine Vibe.

Vibe, dernière victime de la crise

« Le magazine Vibe, la vitrine du Hip-hop, est mort à l’âge de 16 ans », se désole le New York Times dans son édition du 2 juillet 2009. Un décès enregistré le 26 juin, le lendemain de la disparition d’une autre icône de la culture noire américaine, Michael Jackson.

Malgré un tirage de 800 000 exemplaires par mois, le célèbre magazine n’a pas tenu le coup. Et le New York Times de préciser : « De nombreux magazines ont disparus à cause des difficultés économiques du secteur de la presse, mais peu ont laissé leur empreinte comme l’a fait le magazine Vibe en 16 ans ».

Initié par le célèbre producteur Quincy Jones et Steven J. Ross, le président du groupe Time Warner, le numéro zéro est mis au point au cours de l’année 1992, avant que le premier Vibe ne paraisse en septembre 1993 avec en couverture Snoop Dogg. A partir de 1995, il acquis une stature équivalente à celle de son principal concurrents, The Source, avec des articles soignés et des photographes de renom, dont Dave Lachapelle et Albert Watson.

Un luxe qui appartient désormais au passé, car la presse américaine est en plein doute, comme l’explique Alexis Tucker, qui réalise un documentaire sur la scène Hip-hop française financé par le programme Fullgright MTV-U. Quelques jours après la faillite de Vibe, cette jeune journaliste américaine dresse le panorama d’une presse spécialisée en crise.

Vodpod videos no longer available.

Les raisons du déclin

Le magazine Vibe n’est pas un cas isolé. D’autres publications américaine, toutes spécialisées dans la musique, ont déjà disparu ou sont au bord de gouffre. Le magazine Blender n’est plus imprimé, tandis que Rolling Stone et Spin licencient une bonne partie de leurs employés.

Déjà handicapés par une baisse de leur lectorat, les publications spécialisés ne sont presque plus rentables. Or le dernier propriétaire de Vibe, l’entreprise The Wicks Group, avait dépensé des dizaines de millions de dollars pour racheter la publication et l’améliorer, augmentant ainsi la dette du magazine.

La chute des marchés publicitaires a donc porté un coup fatal aux magazines les plus faibles. En période de crise, cette presse de niche devient secondaire pour les principaux annonceurs, comme le constate une ancienne rédactrice en chef de Vibe, Mimi Valdes Ryan, lors d’une émission de la radio publique américaine NPR.

Les magazines spécialisés ont perdu leur statut

Parce que les données économiques n’expliquent pas tout, le site américain Slate s’intéresse à un autre aspect de la question: Tout d’abord, les superstars sont moins nombreuses et déjà visibles partout, ce qui met fin à tout espoir d’exclusivité pour un magazine. Ensuite, cette presse perd son rôle d’intermédiaire obligé, au profit des réseaux sociaux sur Internet.

Et revoilà Internet, dont l’essor menace la tranquillité des magazines, mais aussi leur statut. Alors que ces derniers donnaient le tempo, depuis l’apparition de sites spécialisés, les magazines sont complètement dépassés, confrontés à des délais de publication trop longs. D’autant qu’avec le piratage, l’industrie du disque a énormément compliqué l’accès aux albums avant leur sortie, si bien qu’aujourd’hui les journalistes découvrent un nouvel album presque en même temps que le public. Vibe et ses homologues ne sont plus incontournables, l’information est déjà partout.

Come-back annoncé, mais sous quelle forme?

King, magazine tout en finesse

King, magazine tout en finesse

Comme se fut le cas pour le magazine The Source, Vibe est une marque trop renommée pour disparaitre. Moins de deux mois après la déclaration de faillite, le fond d’investissement InterMedia Partners rachète la marque et espère relancer le magazine avec Jermaine Hall au poste de rédacteur en chef. Ce qui peut laisser sceptique, puisqu’il dirigeait le très lubrique et bling-bling King, magazine masculin de lifestyle qui a fermé cette année.

Vibe sera désormais un trimestriel, et devrait s’intéresser aussi au sport, à la mode et au monde du divertissement. Un positionnement plus généraliste qui pourrait lui faire perdre son caractère. Réponse dans la nouvelle version du magazine, annoncé pour novembre ou décembre prochain.

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