Introduction au rap allemand

Krauts With Attitude (1991), première compilation de rap allemand, regroupant de futurs grands noms: Fanta Vier, LSD, Advanced Chemistry.

Méconnue en France, la scène rap allemande est pourtant l’une des plus actives en Europe. Petit détour outre-Rhin pour un premier aperçu du « Deutsch rap », notamment à travers son histoire et sa géographie.

Die Fantastischen Vier, Aggro Berlin, Advanced Chemistry, Bushido, Torch, Absolut Beginner, King Orgasmus… Ces noms ne vous disent sûrement pas grand chose, alors qu’ils font partie des références incontournables du rap allemand. Un pays qui héberge le plus grand festival européen de Hip-hop, le Splash! Festival, chaque année à Chemnitz. L’auditeur érudit de rap ne peut donc faire l’impasse sur ce pays, ne serait-ce par curiosité.

De l’insouciance des débuts à la dureté des blocks

Pour commencer en douceur et découvrir les évolutions de cette scène musicale, voici deux clips incontournables du rap allemand : Die da (celle-là) et Mein Block (mon quartier). Deux visions du rap allemand correspondant à deux périodes bien différentes : l’innocence du début des années 90 laisse place au désenchantement des années 2000, incarné par le rap de rue.

Le premier est l’oeuvre du groupe Die Fantastischen Vier, « les quatre fantastiques ». Sorti en 1992, le titre Die Da du groupe est le premier succès commercial du rap en Allemagne. Le genre de morceau que tous les 15-35 ans connaissent, à l’instar du très pop 99 Luftballons de Nena. Pour simplifier, les Fanta 4 sont à l’Allemagne ce que fut Benny B en France : Une musique légère, des propos consensuel, le rap reste poli pour ses débuts, en Allemagne comme dans l’Hexagone.

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Le second clip est un extrait de l’histoire récente du rap allemand, bien plus bling-bling et racailleux que dans les années 90: Sorti sur le label Aggro Berlin, le morceau « Mein Block » est une déclaration d’amour du rappeur Sido pour son quartier de Märkischen Viertel, une zone au nord de Berlin concentrant 50 % de logements sociaux. Figure de proue du collectif Aggro berlin, Sido s’impose comme le nouveau visage du rap allemand en 2004, alors même qu’il le dissimule derrière un masque en forme de crane. Avec « Mein Block », le rap a fini par retrouver le bitume, pour le meilleur et pour le pire.

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Histoire-géographie du rap allemand

Très souvent initiés au Hip-hop par les soldats américains stationnés en RFA, les rappeurs allemands attendront 1989 pour poser dans leur langue. Jusque-là, rapper en allemand ne semblait pas « naturel », comme l’expliquent les activistes de l’old school berlinoise Dj Mesia ou Marcus Staiger, fondateur du label Royal Bunker. Anecdote historique toujours, le premier enregistrement connu, Age of the Atom de Bionic Force (en anglais), serait sorti en 1986, selon le témoignage des anciens de la scène berlinoise.

Contrairement à une scène hexagonale très centralisée, le rap allemand a évolué par vagues successives, enrichi par le leadership successif de plusieurs villes. Heidelberg, Stuttgart, Hambourg puis Berlin ont façonné cette musique au cours des vingt dernières années, apportant à chaque fois leur touche musicale. Les villes de Munich ou de Francfort ont aussi apporté leur pierre à l’édifice, mais dans une moindre mesure comparé à l’influence d’Hambourg ou de Berlin par exemple.

Pour découvrir les capitales successives du rap allemand, le plus simple est de recourir à la géographie, aidé par les dernières possibilités offertes par le Web. Voici donc une carte interactive de la scène allemande, avec un clip et quelques précisions pour chaque ville.

Heidelberg. En 1992, le rappeur Torch et son groupe Advanced Chemistry désinhibe la scène nationale avec le morceau « Fremd im eigenen Land » (Etranger dans son propre pays). Un titre engagé, fidèle au message originel de la Zulu nation, organisation à laquelle appartenaient les membres du groupe. Désormais, le rap en allemand peut aussi être sérieux.

Stuttgart. Si Advanced Chemistry propose du rap conscient, le groupe Die Fantastischen Vier est un hymne à la fête. Ces derniers permettent au rap de s’imposer à la radio et dans les magasins. Le groupe Freundeskreis prend la successions des Fanta Vier, mais change de braquet: Dès 1997, Stuttgart devient la capitale du rap conscient et lettré, introduisant le thème du multiculturalisme en Allemagne et dénonçant le racisme. (Lire aussi : Stuttgart, ville de rap universitaire)

Hamburg. Hambourg prend la suite de Stuttgart en terme de leadership au sein de rap allemand, mais contrairement à leurs prédécesseurs, ils n’ont pas du tout envie de faire du rap sérieux. Samy Deluxe et Beginner proposent donc une musique sans prise de tête et très festive. Autre exemple de ce rap détendu, le classique « Nordisch By Nature », du groupe Fettes Brot.

Berlin. Après plus d’une décennie dans l’underground, Berlin connait enfin le succès à partir de 2003 avec le rappeur Kool Savas, puis les labels Royal Bunker et Aggro Berlin. Jusque-là, la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée avait brillé par son absence dans le rap, alors qu’elle excellait déjà dans le graffiti. Berlin ne fait pas das la finesse et va renouveler le genre en excellant dans les battles et le rap de rue.

Le prochain article consacré au rap allemand se focalisera justement sur la scène de Berlin. En attendant, retrouvez une playlist de clips allemands. Sachez enfin qu’une compilation regroupant rappeurs allemands et français vient de sortir, intitulée La Connexion.

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3 Commentaires

Classé dans Hip-hop en Allemagne, Reportages

3 réponses à “Introduction au rap allemand

  1. hello,
    Le rap-hip hop or whatever allemand est de loin plus fort et plus important que le rap-hip hop or whatever français.
    Les francophones ont une facheuse tendance à croire que la langue allemande ne chante pas ce qui est complètement faux , étant donné que l’allemand est un langue anglo-saxonne, elle pulse bien avec la zique.
    En tout cas, connaissant aussi bien la scène De, US, UK que FR je peux vous dire que sur le continent, l’Allemagne est No. 1 en zique.
    Mon préféré: http://www.afrob.de
    ciao,

  2. Bob

    Plus fort que le rap français, je ne connais pas assez bien la scène allemande pour en jugez, mais au moins aussi bon que la scène francaise je le pense. Après ce sont des scènes completements différentes et pour ma part je trouve le rap français très riche et très diversifié. Et pour vous sortir un peu du monde occidentale 😉 et maghreb allez donc faire un tour au japon le hip hop japonais et coréen ca cogne sévère et vous seriez bien surpris 😉 ils ont vraiment rien à nous envier !

  3. ça fait plaisir de voir qu’il y en a qui s’interresse à ce qui se fait ailleurs et il est vrai qu’il y a déjà eu quelques connections en rappeurs français et allemand, shurik’n et afrob notamment. Mais le rap a aussi un bon niveau en Corée comme l’a souligné Bob, il y a qu’à voir des groupes comme Drunken Tiger, Jinusean, un gars comme Joosuc et même chez les filles avec Yoon Mi Rae aka Tasha. Enfin vive le bon rap d’où qu’il vienne. Bravo pour l’article et bonne continuation.

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